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mercredi 28 novembre 2012

SUGGESTIONS CONCERNANT L’IMPORTANCE ACTUELLE DES COOPERATIVES ET DE L’ECONOMIE SOCIALE POUR LES COLLECTIVITES TERRITORIALES DEMOCRATIQUES

SUGGESTIONS CONCERNANT L’IMPORTANCE ACTUELLE DES COOPERATIVES ET DE L’ECONOMIE SOCIALE POUR LES COLLECTIVITES TERRITORIALES DEMOCRATIQUES

Nous aborderons ici brièvement quelques thèmes qui apparaissent significatifs concernant les atouts que pourrait apporter l’essor des coopératives et de l’économie sociale et solidaire à l’action des collectivités territoriales démocratiques dans la situation difficile actuelle.

1) Les coopératives permettront-elles d’apporter des solutions à la question de l’emploi ? La question est multiple. D’une part, les faits réels montrent que les entreprises coopératives ne sont pas délocalisées, ne sont pas brutalement fermées dans des buts d’enrichissement lorsqu’elles s’avèrent viables. D’autre part, elles se heurtent manifestement à de lourdes difficultés de nature diverse qui méritent examen, ce que l’on va voir. D’une part, on observe un regain d’attention qui leur est publiquement accordée, y compris par le gouvernement et son ministre Hamon. D’autre part un scepticisme persistant se manifeste à leur égard de la part des forces protestataires, ainsi que le confirme la formule publiée dans un hebdomadaire, affirmant qu’elles « ne résoudront ni la crise ni le chômage ». C’est pourquoi il est utile d’une part de préciser la source des difficultés rencontrées et les voies de l’issue possible, et d’autre part de préciser la nature ambigüe de l’attention qu’elles attitrent et les moyens de s’écarter des fausses solutions actuellement préparées par le pouvoir officiel. Ces fausses solutions, telles que la « redéfinition du périmètre » de l’économie sociale, notamment par la définition de « labels » permettant à des entreprises capitalistes non coopératives de se proclamer « sociales » sur la simple foi d’ « engagements », ne vise qu’à permette aux capitaux de s’approprier l’image favorable de l’économie sociale et solidaire. La solution envisagée de consacrer un petit pourcentage d’un fonds public d’investissement à l’économie sociale ne sera que marginale et ne résoudra pas les problèmes essentiels. Parmi ceux-ci figure celui de la propriété.

2) Les problèmes liés à la propriété et au financement. Les coopératives assurent la propriété du capital, et par là la maîtrise des moyens d’activité, aux personnes au travail. En ceci, elles représentent un paradigme de vie économique et sociale en rupture réelle avec le capitalisme, et de ce fait ouvrent une voie réelle, concrète, opératoire vers une autre société, franchisant ainsi une étape nécessaire de ce cheminement. Un des avantages de ce nouveau paradigme est de permettre potentiellement des pratiques économiques visant, grâce à l’application de nouveaux critères de gestion économique (car, rappelons-le, ce sont bien les structures économiques qui rendent possible l’application de nouveaux critères), à la fois l’équité des rémunérations du travail et l’efficience de l’usage des moyens d’activité. Cependant, du fait de l’environnement actuel, de tels critères nouveaux ne sont ni définis clairement, ni réellement appliqués. Ceci contribue à maintenir les participants aux activités coopératives dans l’obscurité des projets et à décourager leur engagement dans des perspectives communes de réussite. Une avancée vers ces nouveaux critères, sources de justice, d’efficience, de démocratie, peut être encouragée Dans le même temps, ce cheminement vers une vie économique socialement solidaire implique une progression vers un accès généralisé de tous aux moyens d’activité, et pour cela des formes de financement mutualisées, démocratisées, s’écartant définitivement du financement accapareur capitaliste. Malgré l’importance formelle de banques sous statut coopératif, en réalité impliquées dans les pratiques marchandes, ces formes nouvelles de financement sont actuellement marginales et insuffisamment cohérentes, ce qui obscurcit également les perspectives et désoriente les participants. C’est pourquoi on suggère qu’il conviendrait, plutôt que de reprocher, ainsi que cela est fréquemment fait, aux coopérants un manque d’esprit démocratique ou de solidarité, de situer l’origine réelle des insuffisances observées dans la cohérence de la gestion coopérative. En effet, l’un des obstacles au développement nécessaire de nouveaux outils de gestion et de financement est l’isolement des coopératives, et ceci dans des domaines primordiaux. Ceci nous conduit à envisager le problème très important des réseaux d’inter-coopération.

3) Quels réseaux ? Un réseau fondamental à mettre en place pour le développement des coopératives est un réseau d’échanges équitables entre coopératives. Tout d’bord, il s’agit, ainsi, d’échapper au dogme de la concurrence prétendue libre et non faussée, loi fondamentale du marché. Soyons clairs, voyons les choses en face. Il n’y aura pas d’issues réelles aux impasses actuelles tant que seront conservées ou imposées ces lois du marché, qui d’ailleurs incluent, outre la concurrence et ainsi la guerre permanente génératrice de la course mortifère à la sous-évaluation, le pouvoir accapareur des monopoles dominants. C’est pourquoi il convient de se dégager des illusions trop souvent partagées, y compris parmi les partisans déclarés du changement, d’une possible compétitivité « hors coût », fondée sur l’ « innovation », la qualité, etc. L’accaparement de l’innovation par les capitaux privés, qui selon certains devrait être encouragée, ne peut qu’accélérer la concurrence entre les producteurs, touchant les prix, les salaires, les services sociaux, tout en dégradant, par la course au gain à court terme, le patrimoine et la recherche scientifique et technique dans leur contenu. Soulignons le caractère fondamentalement inhumain de la concurrence et de la « compétitivité », qui prétendent substituer à la réciprocité humaine fondamentale l’affrontement concurrentiel permanent, source de dégradations qui alimentent en boucle sa propre aggravation destructrice. Le temps est dès aujourd’hui venu de se dégager clairement de ce grave égarement de l’idéologie marchande capitaliste, pour avancer vers la réciprocité, l’équité, la solidarité, la coopération, la démocratie réelle.

C’est pourquoi il serait primordial de favoriser la mise en place d‘un réseau inter-coopératif d’échanges équitables des produits et prestations, et ceci sur la base d’évaluation équitables obtenues sur des bases admises en commun, garanties par des arbitrages démocratiques communs. Ceci serait une base essentielle pour assurer l’équité de rémunérations, l’équité des évaluations des ressources et moyens, et des bases communes de coopération, et par là la viabilité même des activités économiques socialement transformatrices. De tels réseaux seraient également requis pour permettre, par l’inter-coopération, une mutualisation démocratique, nécessaire, des biens et services communs et charges communes, y compris environnementales ainsi que technologiques. Ces réseaux permettraient également de définir et de mettre en place, avec tous partenaires motivés par une démarche d’équité et de solidarité démocratique, des structures et procédures de financement mutualisé, écartant toute dissymétrie prédatrice, alimentant en ressources les activités reconnues efficientes, équitables, d’intérêt commun. Ils permettaient également d’amorcer des solutions nouvelles, notamment à travers de nouveaux modes de coopération avec les services publics et les institutions démocratiques, rapports définis démocratiquement par des conventions publiques explicites, visant à rassembler tous les participants aux initiatives en faveur d’un redressement démocratique des activités d’intérêt général, dans une perspective de changement. Cet ensemble d’avancées permettrait certainement, malgré tous les obstacles actuels, des progrès dans la maîtrise de l’emploi par les personnes au travail, ainsi que des mutualisations nouvelles dans l’accès aux formations et aux opportunité de reconversion, sécurisant la vie professionnelle des personnes au travail, bien plus efficacement que d’éventuelles négociations avec un patronat que la crise qu’il provoque pousse à la brutalité aggravée contre le monde du travail. C’est pourquoi de telles avancées, en rompant le monopole actuel du patronat sur la création d’emplois, renforcerait la solidarité créatives des activités équitables et solidaires elles-mêmes, mais aussi, en concrétisant aux yeux de tous les citoyens la possibilité d’une autre voie, renforcerait le pouvoir de négociation de l’ensemble du monde du travail, et aussi une solidarité sociale et politique élargie des citoyens, contribuant à les détourner des solutions illusoires, ainsi rassemblés autour du vrai changement et de ses promoteurs démocratiques. Nous souhaitons ici souligner que, dans un contexte où les collectivités locales sont fortement menacées dans leur autonomie et dans leurs moyens, cet ensemble d’avancées pourrait leur apporter de nouvelles ressources et de nouvelles potentialités humaines opportunes, d’action, de rassemblement, de développement humain. Ceci nous conduit à aborder le thème nécessaire des avancées idéologiques à opérer pour progresser.

4) Le contexte idéologique : surmonter les illusions, les obscurités, les aveuglements. Dans le contexte actuel, le combat idéologique nécessaire aux rassemblements sociaux pouvant appuyer les transformations sociales dès aujourd’hui indispensables me semblent devoir porter, entre autres, sur deux points cruciaux.

Tout d’abord : qu’est-ce que le marché ? Où conduisent la concurrence, même prétendue « libre et non faussée », la « compétitivité » proclamée incontournable ? Admettons-le clairement : c’est bien l’affrontement concurrentiel marchand qui, ajouté à l’exploitation capitaliste des personnes au travail et bien au-delà de la seule prédation financière, est à l’origine des graves distorsions sociales aujourd’hui dangereusement accrues. L’édifice idéologique libéral (et pas seulement « ultra-libéral »), justifiant l’arbitraire prédateur des prix de marché concurrentiels coupés du travail créateur, au nom d’une prétendue « liberté », doit être analysé dans son inhumanité. Ceci, en écartant l’illusion sans issue d’une compétitivité bienfaisante utilisant l’innovation, permettra de progresser vers de nouvelles formes sociales d’échange des travaux ne faisant ni gagnant ni perdant, et par là vers l’équité. Ceci exige que soit écartée par tout moyen accessible la contrainte de respect du dogme de la « concurrence libre et non faussée », au bénéfice de la coopération réciproquement avantageuse. Ceci vaut pour le cadre local et national, et également pour le niveau international, ce qui nous amène au point suivant : quels équilibres internationaux ? A ce niveau, il convient de combattre l’idéologie de la prétendue « ouverture », d’écarter la profonde confusion des débats sur le protectionnisme, en refusant un débat confiné dans la fausse alternative entre un « protectionnisme » réduit à la protection du capitalisme d’un côté, et une « ouverture » justifiant l’agression concurrentielle généralisée de l’autre. Il s’agit de récuser les accusations de « repli », y compris prétendument « égoïste » ou « identitaire », en montrant que le but visé est, non pas l’isolement, mais l’adoption démocratique par les communautés populaires de rapports d’échange équitables entre elles, ouverts aux échanges utiles à chaque population, dans le respect du droit des peuples, dans leur différence historiquement utile et globalement reconnue, à disposer d’eux-mêmes, et de leur aptitude humaine multimillénaire à assurer par eux-mêmes leur vie sociale, y compris par l’échange entre peuples librement voulu au regard des besoins reconnus de chacun d’eux. Ceci évoque les choix des peuples, ce qui introduit le point suivant, celui de la démocratie nécessaire.

4) Quelle démocratie nouvelle ? En ce domaine, plusieurs points importants sont à éclaircir.

On évoquera en premier lieu l’importance de la démocratie économique comme support indispensable de toute démocratie réelle. La situation actuelle illustre amplement, après des millénaires d’histoire marchande, à quel point les puissances économiquement dominantes confisquent les pouvoirs, y compris les pouvoirs institutionnels, du fait du maintien des personnes au travail dans le dénuement, et de l’accaparement monopolisé des moyens d’activité. C’est pourquoi l’émergence de modes de vie sociale rompant avec cette fracture est un élément essentiel du cheminement vers la transformation humaniste.

De ce fait, la situation actuelle incite à écarter clairement les options parfois partagées tendant à situer de façon essentielle, décisive, à elle seule primordiale, les enjeux de l’action politique dans la maîtrise des moyens institutionnels de prescription juridique et sociale. Ceci implique d’admettre qu’une réelle transformation ne peut être le seul fruit de la « conquête » du « pouvoir », mais doit s’appuyer sur des innovations sociales réelles en développement. On suggérera donc ici que soit exploré le potentiel d’innovation politique associé aux initiatives d’innovation sociale et économique, comme facteurs d’émergence de modes de vie nouveaux, de rassemblement des populations dans leur diversité autour de dynamiques sociales concrètes, et ainsi comme bases de concertations démocratiques opératoires. A ce propos, on soulignera que l’une des pistes à explorer pour avancer vers la démocratie dans les domaines économiques et politiques serait la combinaison à rechercher entre la démocratie de proximité clarifiée, indispensable à une gestion cohérente et ciblée des activités économiques et des projets sociaux, et la démocratie de différents niveaux, nationaux, locaux, par domaines, requise pour faire face aux besoins sociaux dans leur multiplicité, et pour assurer la participation réelle des personnes et des collectivités à la gestion des activités d’intérêt commun. Ceci rappelle le thème du besoin de services publics profondément démocratisés à tous niveaux requis, et des initiatives possibles de coopération avec les activités coopératives équitables et solidaires, qui pourraient y contribuer.

Cette contribution souhaite, en conclusion, déboucher sur la proposition suivante On le voit, la réflexion concernant, entre activités coopératives, et également mutualistes, le développement nécessaire de réseaux, et notamment, au-delà de la seule coopération financière, de réseaux d’échanges équitables, de coopération productive, technique, et également de communication, apparaît comme de première importance. Cependant, le président de la Confédération générale des Scops, Patrick Lenancker, écrit (Magazine « Liaisons notre banque », avril 2012, p.9) : « nous n’avons pas encore trouvé comment faire de l’inter-coopération ». L’importance d’une elle inter-coopération est pourtant manifeste. Elle l’est d’autant plus que, au regard de la situation et des incertitudes de la politique actuelle, et en outre, de l’importance qu’auront les prochaines échéances électorales pour que s’affirme, notamment au niveau local, une vraie tendance sociale transformatrice, un éclaircissement des perspectives offertes par une orientation cohérente, notamment locale, vers le développement de l’économie coopérative, mutualiste, associative, est nécessaire. Suggérons donc que soit organisée, dans des délais suffisamment proches tels que le premier trimestre 2013, une rencontre consacrée à la promotion de réseaux d’échange, de coopération, de mutualisation entre acteurs de l’économie sociale et solidaire, incluant les élus locaux se voulant actifs dans ce domaine, ainsi que les possibles partenaires financiers, sociaux, voire internationaux. Une telle initiative pourrait fournir, dès les prochaines périodes, un réel appui aux municipalités et instances locales soucieuses de démocratie transformatrice et rassembleuse des populations.

Maurice Décaillot

Expert Agréé en Economie sociale Novembre 2012

jeudi 7 juin 2012

Une initiatve pour l'économie équitable et solidaire pour les territoires. Texte de présentation

UNE INITIATIVE POUR L’ECONOMIE EQUITABLE ET SOLIDAIRE, SOCIALE ET DEMOCRATIQUE, POUR LES TERRITOIRES TEXTE DE PRESENTATION

Nous en sommes convaincus : aujourd’hui, en ces temps difficiles, une vie économique équitable, solidaire, sociale et démocratique, engagée dans un vrai développement, peut répondre réellement à de larges besoins, aujourd’hui maltraités, de notre société, à commencer par le monde du travail. Nous sommes également convaincus que les collectivités locales et institutions démocratiques, du fait de l’ampleur et de la proximité de leurs relations avec de multiples acteurs de la vie sociale, disposent de réelles capacités de promotion d’un tel mouvement socialement créatif ; et que des élus agissant avec conviction en faveur du monde du travail et de la démocratie sociale seront de plus en plus nombreux à souhaiter y contribuer. Ce portail a pour but, à travers les suggestions et propositions qu’il expose, de fournir à ces élus, ainsi qu’à tous les participants agissant en ce même sens, les outils de décision, de coopération, d’action leur permettant d’agir au mieux du possible dans ces domaines.

Nous le verrons en détail par la suite : D’une part, cette action se heurte à de multiples difficultés, souvent restées obscures, que nous viserons à affronter clairement. D’autre part, une telle action cohérente, persévérante, concrète, mobilisatrice, démocratique, en faveur de l’économie équitable et solidaire, pourra de plus en plus, dans la situation préoccupante actuelle, contribuer à surmonter réellement les difficultés rencontrées par la population, et à la rassembler autour de ces initiatives. C’est pourquoi l’ensemble de dossiers qui sera proposé ici s’attachera à la fois : - à éclaircir la nature souvent complexe de difficultés rencontrées ; - à proposer des démarches d’action clairement adaptées permettant l’avancée concrète vers de vraies issues.

Pour répondre aux besoins des populations, il nous faudra aborder un ensemble de problèmes reliés, mais divers et spécifiques. Pour les traiter, nous proposerons un ensemble de dossiers dédiés à chacun de ces problèmes, proposant des procédures détaillées. Avant d’aborder la liste de ces dossiers, on doit situer, pour l’essentiel, les principales difficultés rencontrées.

En dépit de ses aspects positifs pour le travail, parfois maintenus malgré le difficile environnement, le développement de l’économie équitable, sociale, solidaire, démocratique rencontre un ensemble complexe de difficultés. L’économie équitable, solidaire, dite sociale, est l’objet de plusieurs dévalorisations, souvent mêlées : reproches d’incurie, de timidité, de négligence financière, d’incapacité à l’ « entrepreuneuriat », adressés aux travailleurs ; pratiques visant à aligner les activités d’économie sociale, ainsi banalisées et marginalisées, sur les normes dominantes de l’activité marchande capitaliste. Nous considérons que les vraies raisons des difficultés rencontrées sont bien différentes : -- des raisons économiques : L’environnement marchand concurrentiel agressif et ses effets destructeurs, les pratiques de non coopération qui l’accompagnent, les concentrations oligarchiques dominantes pratiquant l’extorsion ; la soumission des salariés démunis aux détenteurs du capital et les pratiques de gestion liées (critères et procédures) exploiteuses et prédatrices, obscurcissant leur avenir ; les puissances financières dominantes, et toutes leurs implications ;

-- des raisons juridiques et institutionnelles : entre autres l’inscription dans le droit, notamment européen, du principe destructeur de la « concurrence libre et non faussée », conduisant à l’alignement par le bas de toutes les activités et à l’étouffement des services publics ;

-- des raisons idéologiques : la position dominante, largement répandue dans la culture et l’éducation officielles, attribuée à l’idée que tout écart avec la marchandisation capitaliste relève de l’utopie autoritaire et malfaisante, que la concurrence rebaptisée compétition est inscrite dans la prétendue nature humaine, et que la domination de l’oligarchie opulente est justifiée par le mérite.

-- des raisons politiques et stratégique : des groupes attachés aux milieux dominants agissent, par tous moyens, en vue de banaliser, récupérer, marginaliser les activités économiques socialement innovantes, en s’efforçant notamment de faire reconnaître comme relevant de cette catégorie des activités marchandes capitalistes ainsi formellement labellisées.

C’est pourquoi nous estimons que les initiatives de développement de l’économie équitable, solidaire, sociale et démocratique ne peuvent éviter la déception et viser la réussite qu’en s’écartant clairement des modèles dominants et de leurs normes, en visant l’émergence de pratiques économiques socialement innovantes, clairement transformatrices, à la hauteur des attentes. C’est ainsi que, à travers leurs réalisations concrètes, mobilisatrices, rassembleuses, de telles initiatives pourront apporter un réel renforcement aux mouvements démocratiques visant l’innovation sociale. Afin de souligner cette nécessité, nous prendrons un premier exemple. Le programme du Front de gauche mentionne, parmi ses propositions en matière économique, la mis en place de « Pôles de coopération ». Cette idée paraît particulièrement pertinente, soulignant l’écart avec les idées communément diffusées de « compétition » généralisée, en fait d’affrontements concurrentiels prétendus inévitables et normaux malgré leurs ravages. On examinera cela plus en détail ; soulignons cependant ici que cette bonne idée ne suffit pas à caractériser plus clairement les initiatives à prendre pour cheminer réellement vers d’autres rapports entre partenaires de l’économie sociale. De même, il ne suffit pas, comme beaucoup le disent, de partager la richesse autrement. Il devient nécessaire d’apporter des changements multiples, divers, dans leur pleine complexité comme nous le verrons en détail par la, suite, à de multiples pratiques économiques et sociales : - aux rapports de propriété, et par là de production (et notamment à la notion de salariat) ; - mais aussi, de façon primordiale, aux modes d’échange et d’évaluation des biens et services, en progressant vers de vais réseaux d’équité ; - aux modes de gestion des projets d’activité ; - aux modes de financement, pour sortir de la dictature financière ; - aux systèmes de coopération et de régulation économique et sociale, en progressant vers des rapports démocratiquement conventionnés entre partenaires économiques et sociaux ; - les rapports entre production et redistribution sociale ; - les solidarités internationales, etc. On estime ici que, au-delà des propositions initiales de rupture, des avancées concrètes vers des solutions détaillées, cohérentes, s’écartant clairement des orientations antérieures traditionnelles, sont maintenant nécessaires. Oui, il faut aujourd’hui avancer plus loin.

Ceci n’exclut pas, mais peut au contraire éclairer les chemins à explorer pour établir, y compris avec les structures existantes, des rapports de cohabitation qui ne seraient pas les alignements ou les pertes de l’horizon trop connues, mais laisseraient ouvertes les chemins d’un avenir transformateur.

Les suggestions, propositions, préconisations qui seront formulées par la suite seront offertes à la réflexion, à la contribution, à la coopération démocratique des personnes et des organismes souhaitant contribuer à la dynamique de l’économie sociale, équitable, solidaire, démocratique proposée ici, pouvant ouvrir la voie à l’apparition d’un « pôle de coopération » visant à co-élaborer, co-décider, co-construire, promouvoir ensemble un ensemble dynamique et novateur d’activités, constituant un véritable réseau, y compris, de façon essentielle, un réseau d’échanges équitables, et d’appuis démocratiques aux initiatives économiques sociales, dont les forme seront précisées par la suite dans les dossiers qui seront prochainement proposés. De telles initiatives devraient apporter aux élus locaux des possibilités nouvelles d’agir pratiquement non seulement en matière d’emploi, d’intervention sociale, de réactivation économique et notamment industrielle, mais également de formation, notamment des jeunes, d’éducation, de culture, d’aménagement, et d‘autres domaines. Le chemin ainsi ouvert est donc, plutôt que la simple prescription juridiste, celui de l’émergence d’un mouvement de société mettant en place des foyers croissants de vie économique de plus en plus équitable, solidaire, démocratique, créatrice, en mesure de donner au monde du travail et aux populations en demande de démocratie une capacité d’influence créatrice de nouvelles perspectives de société. L’initiative qui est ici ouverte espère rassembler autour d’elle un nombre croissant de personnes souhaitant contribuer à la dynamique esquissée, au vu des fortes nécessités aujourd’hui visibles.

Maurice DECAILLOT Docteur en Sociologie économique Expert agréé en Economie sociale